Entretien avec les architectes de Sub, à l'origine du nouveau Showroom Le Rang

En Octobre 2018 nous étions très heureux d’ouvrir notre nouveau Showroom Le Rang, au 23 rue Docteur Mazet à Grenoble, conçu par deux jeunes architectes, Vanessa Pointet et Thibaut Pierron fondateurs du bureau Sub.

Notre nouvelle boutique met en avant l’accueil client dans un univers intimiste, chaleureux et soigné. Retour sur le travail de Sub.


• Où êtes-vous basés ?

Nous travaillons ensemble entre Annemasse et Berlin.


• Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Notre amitié a commencé à l’école d’architecture de Lyon et nous travaillons ensemble depuis nos premiers projets d’étudiant. Ensuite, nous avons travaillé chacun de notre côté dans des agences d’architecture, Vanessa à Genève et Thibaut à Berlin et Los Angeles. Après ces expériences, nous avons lancé Sub en 2018.


• Quels sont les projets architecturaux les plus marquants sur lesquels vous avez travaillé ?

Un projet important pour nous, parce qu’il est le premier que nous ayons réalisé, c’est le Kiosque Veduta, un pavillon temporaire que nous avons conçu pour la Biennale d’Art de Lyon en 2011. Le lieu servait de repère pour un des sites d’exposition et en même temps il devait accueillir une programmation culturelle assez éclectique. Nous avons proposé une grande structure métallique en échafaudage. Il y avait une ambiguïté entre l’idée d’obtenir une forme très dessinée, avec un profil en escalier et une grande façade de 25m de haut, et la transparence de la structure. Le pavillon était à la fois massif et évanescent, avec une présence quasi-urbaine au bord d’un terrain vague, un peu comme le fantôme d’un monument beaucoup plus grand.


• Si vous deviez citer un architecte, un designer qui vous inspire ?

Nous avons beaucoup de références en tête quand nous démarrons un projet, beaucoup de monde nous vient à l’esprit. Mais pour le projet Le Rang, nous pouvons vous parler un peu de Lilly Reich, une architecte et designer allemande qui a travaillé dans les années 1920 et 1930. C’est son travail et son influence auprès de Mies van der Rohe qui nous fascine, pas seulement le mobilier qu’ils ont dessiné ensemble, mais aussi les aménagements intérieurs et les scénographies d’exposition pour des musées ou pour des foires qu’elle a conçu à cette époque. C’est une architecture à la fois légère et économe faite de quelques éléments seulement : par exemple le textile comme une paroi souple et vivante qui organise un espace, ou des jeux de contraste entre des matières très réfléchissantes, le verre cintré ou le chrome, et des matières plus sensuelles comme la soie. Ses géométries sont très précises, mais il y a une palette de texture et de lumière qui donne à sa modernité quelque chose de très luxuriant.


• Comment avez-vous retranscrit cela dans le projet ?

Notre univers de référence est toujours là en toile de fond, nous l’agrandissons et nous en discutons entre nous en permanence, mais ce qui compte tout autant c’est de comprendre le lieu du projet : nous le prenons tel qu’il est, nous ne nous arrêtons pas à ses qualités ou ses défauts les plus évidents et nous essayons d’y trouver parfois une sorte d’ordre sous-jacent qui n’est pas complètement réalisé et que nous pourrions renforcer. En tout cas, nous cherchons le plus souvent à économiser nos gestes, à imaginer comment une intervention limitée peut avoir un impact maximum. Nous trouvons la confrontation avec le maximum de choses données beaucoup plus stimulante que la table rase.



Pour la boutique, l’enjeu de départ c’était d’apporter de la clarté à un espace confus et confiné. Nous voulions redonner une géométrie régulière à la pièce avec ce grand rideau, une façon simple de faire une paroi courbe. Et le choix d’un velour foncé apporte quelque chose de théâtral, voire dramatique, que la très grande hauteur sous plafond vient renforcer. Il y a donc ce premier élément qui créer une pièce semi-circulaire très verticale. Et nous lui avons donné un contrepoint avec la paroi en tôle ondulée plus basse qui traverse toute la longueur du magasin et devant laquelle les vêtements sont présentés. Les qualités plastiques du rideau et de la tôle sont très différentes, mais les deux matériaux partagent aussi la même ondulation.



Dans un deuxième temps, nous voulions introduire un peu d’étrangeté pour modifier la perception initiale de ces deux éléments, notamment avec le jeu des miroirs. Celui qui est placé au dessus de la paroi en tôle dédouble l’espace, comme pour compléter virtuellement le demi-cercle. Celui qui se découvre derrière le rideau introduit des perspectives supplémentaires et créé une sorte de trouble. Nous avons cherché à ce que la boutique devienne enveloppante et dans le même temps qu’elle soit perçue comme plus vaste qu’elle ne l’est : un peu comme un petit monde intimiste, mais qui déborde de lui-même.


• Quel est votre ressenti sur cette collaboration ?

Nous avons beaucoup aimé travailler avec vous. Il y avait dès le départ une volonté partagée de se limiter à quelques gestes radicaux. Votre vision n’était pas du tout codifiée par les usages communs que l’on retrouve dans les boutiques actuelles : le côté très transparent, dans tous les sens du terme, qui conduit souvent à une interprétation stérile d’un minimalisme chic. C’est important quand il y a une compréhension réciproque de ce que chacun cherche à faire, donc nous espérons avoir fait notre part aussi. Mais votre investissement et votre implication ont vraiment été des éléments primordiaux pour le projet.


• Quels sont vos prochains projets dans le futur ?

Nous aimons travailler sur des projets de taille très différente : des missions qui concernent la ville autant que de tous petits objets. Pas tellement parce que nous pensons qu’il doit y avoir une continuité ou une même façon d’y réfléchir, au contraire, ce sont des logiques très différentes à chaque fois, mais qui nous semblent appartenir au spectre de l’architecture. Donc nous ne sommes pas vraiment dans une position où nous voulons personnellement faire ceci plutôt que cela, c’est plutôt le type de dialogue qui peut se nouer avec des commanditaires qui nous importe en ce moment. De façon générale l’architecture est une activité très lente et très fluctuante, le monde dans lequel nous sommes a plus de mal avec la lenteur qu’avec la fluctuation, ça nous force à ne pas être trop impatient du futur.


• Quel serait le projet de vos rêves ?

Hum… Nous sommes à la fois très idéalistes et très pragmatiques, nous essayons de faire en sorte que, dans les conditions spécifiques de chaque projet, celui-ci ait quelque chose d’idéal. Ça veut dire aussi que nous ne nous posons pas trop la question de quel type de commande serait mieux qu’une autre. Bien sûr, il y a des conditions plus favorables que d’autres, mais nous essayons toujours de voir comment un projet particulier peut être l’occasion d’une interrogation sur ce que c’est que de faire de l’architecture. Clairement, ça ne marche pas toujours, mais nous croyons à de petits moments de grâce, comme avec Le Rang peut-être, en tout cas nous l’espérons.

 


Nils

 
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